Un tour en Sibérie
Altaï - Baïkal - Pékin (Episode VIII)
La traversée d’une forêt, je n’ai jamais pu m’imaginer autrement l’approche d’un pays de légende.
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L'île du lac
Mercredi 12 septembre

De jour, l'établissement se présente comme un coquet ensemble de petites maisons de rondins et de massifs fleuris. Le réfectoire est décoré de superbes photos prise par Arthur, un jeune citadin Allemand tombé amoureux de l'endroit. Le délicieux petit déjeuner comporte des crêpes et une succulente confiture d'airelles. Nous apercevons furtivement Nikita, propriétaire des lieux et ancien champion de tennis de table du temps de l'URSS. Une dépendance a d'ailleurs été transformée en salle d’entraînement. On trouve aussi deux kayaks en cale sèche. Pagayer sur le lac serait un grand moment. Il paraît que l’on, peut aussi louer des VTT. Elmira élude cette option en avouant tout simplement qu’elle ne sait pas faire de vélo !

La petite localité de Koujir respire la tranquillité, où la perte d’une poule passerait comme un événement majeur. Cette grande île longue de soixante dix sept kilomètres ne contient qu'un millier d'habitants et un seul policier. Nous négocions une sortie en 4x4 vers le nord de l'île. Il y a là Arthur qui nous sert de guide, Gabriel, un géologue retraité de Mourmansk qui a réponse à tout, et Anatoli le chauffeur. Les paysages défilent en petits tableaux variés comme « Les tableaux d’une exposition » de Moussorgski. Les landes désertes succèdent aux forêts de conifères, aux vertes prairies puis aux plages ombragées. Au détour d’un virage, le chauffeur déclare avoir toujours vu ce moteur rouillé qui gît sur le bord, sans que personne n’ai songé à l’enlever. Un village abandonné, vestige d’un ancien goulag nous rappelle le passé douloureux du pays. Lors de la dernière guerre, les bagnards collectaient le poisson et gare à celui qui en dérobait seulement un pour sa survie…

L'extrémité de l'île se termine en une succession de falaises, du sommet desquelles s'impose l'immensité du lac Baïkal. A l’ouest la petite mer ceinte par l’île, à droite la grande mer, avec au lointain les monts sacrés de Bouriatie. Un totem, en fait un simple pieu cramoisi décoré de bout d’étoffes, rappelle la vocation chamaniste de l’île. La quiétude de l'endroit est seulement brisée par un vol de mouettes affamées. Il est difficile d'imaginer que cette immense étendue soit transformée en banquise la moitié de l'année et qu’on y roule en camion l’hiver au péril de sa vie. Christian inspecte la surface de l'eau avec ses jumelles dans l'espoir d'observer les fameux nerpas, ces phoques endémiques au lac, les seuls à vivre en eau douce. Arthur connaît leur coin de villégiature et se propose de nous le montrer ultérieurement. Sur le chemin du retour Arthur et Anatoli improvisent un pique nique en bordure du lac. Nous avons l'honneur de déguster l’omul, le plus fameux poisson du Baïkal. Grillé, bouilli ou fumé, on l’apprécie sur les tables du pays. Aujourd’hui ce sera grillé avec des pommes de terre à l’eau. Gabriel et Christian sont de corvée de pluches. Sur la plage, un peintre amateur essaye de capter les lignes souples et ondoyantes que lui offre la mère nature.   

Nous rentrons juste à temps pour assister au coucher de soleil sur la petite péninsule qui borde le port du Koujir. La quiétude d’onde est seulement brisée par le sillage d’un petit bateau de pêche. De retour au camp, entre deux coupures de courant nous avons l'occasion de sympathiser avec d'autres habitants de l'île, deux adorables petits "kochki" (chats en russe) qui s’invitent à table pour grignoter les restes de poisson. Du moment qu’ils ne touchent pas à nos crêpes aux baies airelles …

 

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